Les règles de l’art, Pierre Bourdieu

 

Petit moment de sérieux et de recul dans mes lectures, grand moment d’approfondissement sur Flaubert, je me lance dans Les règles de l’art, que j’avais déjà croisé dans mes lectures mais que je n’avais jamais été voir directement. C’est chose faite, et rondement puisque ma réservation à la bibliothèque ne m’a pas laissé beaucoup de temps.

Les règles de l’art dressent un portrait de la littérature au 19e siècle, pour mettre en lumière la logique fondamentale des institutions littéraires (écrivains, quel que soit le genre, mais aussi maisons de presse, maisons d’éditions, salons, groupes de pensées) et expliquer toutes les dynamiques à l’oeuvre à l’époque et leurs répercussions dans les textes.
C’est un portrait extrêmement global qui reprend et pondère les théories qui ont été proposées depuis cette époque sur la structure du champ littéraire, dans le but d’expliquer le processus de création de valeur qui sous tend chaque oeuvre, et qui nous permet en fait de comprendre la place de l’écrivain, tout d’abord par rapport à son propre texte, par rapport à son parcours et aux dynamiques qui l’entourent.

Le prologue m’a particulièrement intéressé parce que Bourdieu s’est penché sur l’Education Sentimentale, que je suis actuellement en train de lire. Il reprend les procédés d’écriture de Flaubert et montre l’influence de son environnement (social, politique, personnel, mental) sur le texte en lui-même.
La suite du texte reprend de manière presque chronologique et concentrique la naissance de l’autonomie de la littérature sous l’Ancien Régime, les tensions sur le marché symbolique que représente la littérature, pour ensuite s’intéresser à ce qu’il appelle la Science des oeuvres, où il calque – sous l’égide de Flaubert – un regard de sociologue quasi scientifique sur le procédé créatif et la relation écrivain – personnage.

Si l’on passe certaines envolées lyriques, certains jeux de mots filés sur des pages entières, Les règles de l’art ont le mérite de l’efficacité et de l’exhaustivité en même temps. Les idées de l’auteur sont clairement exprimées et largement documentées.
Surtout, dans le combat de Bourdieu de désacraliser l’Art en en dévoilant les processus de création, l’auteur met fortement en valeur le travail de Flaubert, « un de ceux qui ont porté le plus loin la réflexion (en pratique) sur l’illusion littéraire, la croyance dans la littérature ». C’est ce sujet qui m’a le plus intéressée, par goût personnel et parce que le hasard veut que depuis quelque temps je croise Flaubert dans chaque lecture.

Je pense qu’il ne faut pas lire dans les Règles de l’art un manifeste contre la vision traditionnelle de l’intellectuel, si l’on veut prendre du plaisir dans cette lecture il me paraît plus pertinent d’y approfondir sa connaissance des dynamiques sociologiques qui ont eu une influence sur le champ littéraire et sa réflexion sur le processus créatif.

♥♥♥●● – 3/5
Un essai richement documenté, approfondi, un peu « pâteux » mais intéressant.

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