Le garçon incassable, Florence Seyvos

 

Je commence avec plaisir ma pile de livres des Editions Points en regardant tomber la neige. J’ai choisi le premier de la pile, mais par chance c’est celui dont le titre m’attirait le plus. Le garçon incassable, de Florence Seyvos, est un petit roman tout simple, aussi authentique que prenant. Portraits croisés de deux hommes que tout oppose et tout rassemble en même temps, c’est l’histoire d’Henri, dont sa demi-sœur se rappelle avec émotion, et de Buster Keaton, sur les traces duquel elle part en Californie un peu plus tard.

La où Buster est incassable, résistant à la moindre douleur, capable de toutes les chutes et les cascades les plus incroyables, Henri est fragile, friable, tordu. La où Buster est seul, dans une famille qui exploite ses talents et se soûle, Henri est aimé et entouré, accompagné et rééduqué.

Aucun des deux ne peut mettre de mot sur ses souffrances, mais pour chacun d’entre eux, c’est la douleur qui définit leur vie. La narratrice accompagne ce frère qui lui est tombé dessus avec tendresse et patience, s’inspirant du comique américain pour voir beaucoup plus loin que le handicap, pour espérer pour Henri un futur d’autonomie et de libre arbitre.

Je ne sais pas si c’est une histoire vraie, mais le ton est sincère et très simple, le texte laisse une très grande part à l imagination. Le physique et le handicap du jeune garçon ne sont pas décrits directement, on le découvre à travers son arsenal de rééducation et certains souvenirs tendres. Quelques adjectifs par ci par là suffisent pour comprendre les lieux, les identités. On oublie la narratrice, on ne sait rien d’elle si ce n’est sa timidité et l’amour immense qu’elle porte à son frère.

Premier livre de la sélection du prix du meilleur roman, premier livre de 2015 pour moi, ce roman est une belle façon de commencer l’année en douceur et de la placer sous le signe de l’amour et de l’authenticité.

 

Henri recommence, plus doucement. ses yeux brillent, il regarde son père comme si son père était Dieu et qu’il lui appartenait exclusivement à lui, Henri; Un regard d’adoration ravie. Ils sont seuls au monde. Ils sont les rois du monde. Je les vois et je pense que mon cœur est atrophié, pas seulement le mien, il en est de même pour tout le groupe humain dont je suis issue : notre cœur est une petite machine sage qui ne produit que des ersatz de sentiments. je n’ai jamais vu un lien aussi fort entre deux personnes. je n’ai jamais vu un père et un fils s’aimer autant.

 

Henri est sorti de l’enfance. Il en est sorti pour arriver nulle part, dans une adolescence qui n’en sera pas une et ne le mènera jamais à l’âge adulte. Sa vie se déroulera désormais dans un éternel état intermédiaire. Un état où les éclats de joie sont de plus en plus rares. Ils sont remplacés par le plaisir, la satisfaction. Henri aspire au sérieux et se compose peu à peu une dignité austère, légèrement hautaine. Ses éclats de rire sont toujours aussi bruyants, aussi peu contrôlés, mais ses bouffées d’excitation et de bonheur perdent leur lumière. Il ne sera plus jamais l’enfant radieux de la photo sur la plage

 

♥♥♥●● – 3/5

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