Archives de Catégorie: Premier roman

Les fidélités, Diane Brasseur

Les fidélités, on s’en souvient longtemps après. C’est un petit roman étonnant, une fable moderne sur l’amour et la famille. Nous lisons la confession d’un homme d’une cinquantaine d’années, époux et père de famille, qui trompe son petit monde depuis un an avec une belle et jeune trentenaire et qui appréhende son départ en vacances avec sa famille.

Malgré un pitch très classique et presque cliché, Diane Brasseur réussit à s’éloigner de cela en traitant le sujet à l’envers. Plutôt que de traiter de la crise de la cinquantaine, des difficultés du mariage, de l’adultère, elle nous parle d’amour. Elle nous parle du plaisir de séduire, de la capacité à aimer plusieurs personnes, de la difficulté de choisir et de l’authenticité des sentiments des deux bords.

Le texte est court, bien construit et efficace. Nous entrons dans le sujet quelques jours avant Noël quand toute la famille se prépare à partir à New York pour les vacances. Le personnage principal se cache dans son bureau pour être tranquille et réfléchir. Il nous raconte alors toute la dernière année avec Alix, sa maîtresse, comment il partageait sa vie, son temps, son amour. Ce qui a commencé comme un démon de midi, une fuite face à l’âge, bref, un bon vieux poncif de la littérature, se transforme rapidement en une double histoire d’amour complexe et sincère. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on se prend d’affection pour le personnage, mais on apprend au moins qu’il ne faut pas nécessairement juger chaque livre à sa couverture.

♥♥♥●● – 3/5

Assise en face de moi, Alix ne se doutait pas que nous avions déjà fait l’amour une bonne dizaine de fois.
Elle me racontait sa semaine.
Il y avait ce qu’Alix faisait ou disait, et mon interprétation.
Si elle disait : « J’ai mal dormi », je me demandais si elle avait fait une insomnie en pensant à moi.
Si elle laissait sa main posée sur la table à côté de son verre, je me demandais si c’était pour me tenter de la prendre.
Si je la trouvais bien habillée, je me demandais si elle avait fait un effort parce qu’elle savait qu’elle me voyait.
En les plaçant au milieu de blagues, on utilisait des mots qui excitent, comme « jouir », « plaisir », ou « virilité ».

Pour voir l’auteur parler de son roman c’est ici !

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Les baleines se baignent nues, Eric Gethers

9782757836828

Lone Star Spring, Texas, le jour du printemps. Le fils d’un alcoolique coureur de jupons et d’une junkie de passage naît prématuré dans la nature. Une infirmière choisit d’en faire sa famille et le prend sous son aile, finissant par s’établir avec le père de l’enfant. Henry grandit tranquillement dans une petite ville, follement aimé par sa mère et en admiration absolue devant son père. Lorsqu’il découvre la vérité sur le comportement de celui-ci, tout s’écroule. A sa mort, Vivienne, sa mère, bifurque radicalement de vie et le jeune garçon le prend comme une trahison terrible. Il en restera marqué à jamais.

Fantasque, loufoque, fourmillant de détails étonnants, Les Baleines se baignent nues est un roman étonnant et difficile à cerner. On y croise une galerie de personnages hauts en couleur, mais tous écorchés par la vie, alcooliques, prostituées, maris et femmes volages, suicidaires, illuminés ou encore boulimiques. Une seule constante, tous cherchent désespérément l’amour et le bonheur. Henry en fera douloureusement l’expérience, et à plusieurs reprises, éternelle victime de tous ceux qui croisent son chemin, éternel « gentil » qui ne rentrera jamais dans les vestes de son père.

Largement comparé à Irving dans la presse, Eric Gethers partage effectivement avec lui un univers et certains réflexes narratifs. Mais Gethers infuse beaucoup plus de violence dans son texte, une violence sourde présente dès les premières pages, dans le mensonge, l’ennui, les morts, les pages où le personnage principal s’époumone à insulter ses proches, une violence constante qui pourrit les gens à la racine et les empêche d’être heureux. D’Irving, on retrouve le titre, la trame générale, le goût pour les personnages abîmés et uniques, ainsi que le poids du destin. Mais son univers n’a pas cette fraîcheur et cette candeur que j’aime tant, ni l’humour et le détachement dont il peut être capable. Les dernières cent pages, un aller simple vers la mort (les personnages, leurs valeurs, la vie au village, les animaux de compagnie même, tout disparaît) m’ont perdues en route. Je me suis accrochée mais sans conviction.

 ♥♥● –2/5

Quand on est jeune, l’amour, c’est ressentir quelque chose qu’on n’a jamais ressenti auparavant. Ça te donne le sourire. Ça fait chaud au coeur. On se sent jolie. Tendre. Protégée.
Ses yeux s’embuèrent.
Quand tu vieillis, l’amour, c’est vouloir que quelqu’un d’autre ressente ces choses-là, car soi-même, on n’en est plus capable.

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Le roi n’a pas sommeil, Cécile Coulon

 

Imaginez ma surprise quand j’ai lu au dos du livre que l’auteur, Cécile Coulon, était née en 1990 et que – la crise cardiaque était proche – ce n’était pas son coup d’essai. Curieuse et jalouse, j’ai donc lu Le Roi n’a pas sommeil avec des sentiments mêlés.

L’histoire est simple et efficace. Nous sommes dans une petite ville ouvrière et William, un employé de la scierie locale, un homme violent et taciturne, s’entaille méchamment la main et meurt quelques jours plus tard de sa blessure infectée. Son fils Thomas, jusque là un garçon sans histoire et plutôt travailleur à l’école, est profondément choqué. Le jeune homme aux traits fins chez qui son père ne voyait aucune ressemblance chausse les bottes de son père et change complètement, jusqu’à l’accident inévitable et attendu depuis les premières pages qui le plongera en prison.

Le Roi n’a pas sommeil est une mini roman diablement maîtrisé, peut-être trop d’ailleurs. Le texte est clinique et très technique. On sent la khâgneuse derrière sa plume, appliquée et intelligente. On accordera tout de même beaucoup de qualités à ce texte : tout d’abord, l’histoire est simple et elle a une réelle identité. Les personnages sont esquissés, ils se définissent plus dans l’action que par une mise en scène narrative à la Zola. Le texte coule et file, fluide et homogène. Mais le plus grand talent dont fait preuve l’auteur ici réside à mes yeux dans l’ambiance qui est dessinée. On est dans un univers un peu spécial, proche du conte. Ce n’est clairement pas le milieu social ou géographique de l’auteur, mais c’est vraiment bien maîtrisé. Cet univers passe autant par l’écriture, la justesse du texte , que par la trame narrative en elle-même. Cécile Coulon a certainement été très rigoureuse dans sa relecture, faisant de cette petite centaine de pages un petit bijoux ciselé avec soin.

Je savais que je chercherais tous les petits points pour pinailler, je ne vais pas faire une inutile liste tous les éléments qui ne me plaisent pas, mais la plus grande frustration à mes yeux une fois la dernière page refermée, c’est de ne pas avoir retrouvé l’auteur nulle part. Derrière cette centaine de pages en huis clos, on ne la sent jamais. C’est un texte hors du temps, sans attaches géographiques ou sentimentales. Et Cécile Coulon ne s’est autorisée aucune erreur, aucune complaisance.  Deux erreurs majeures à mon goût : à ne pas s’attacher à ses personnages, elle ne donne aucune possibilité à ses lecteurs de le faire. On les contemple de loin, comme elle, en sachant depuis la première page vers quoi on va. Pourquoi s’attacher à quelqu’un qui finira par être un criminel ? Le titre aussi reste énigmatique et jette une ombre prétentieuse sur un texte qui se fait justement remarquer pour sa simplicité et son authenticité. Peut-être choisirai-je justement de considérer ce choix comme l’erreur que je cherche tant depuis le début et qui rend le texte plus humain.

 ♥♥● –3/5

Personne ne savait réellement ce qui s’était passé. Les volets de la maison demeuraient clos. Les poutres pourrissaient. Aucun parent n’était venu ouvrir la bicoque depuis l’enterrement. Peu à peu,la ville engloutissait ce qui restait de la famille Hogan. Bientôt, l’histoire de Thomas devint une légende du bourg : un mauvais souvenir qui faisait peur aux gosses et alimentait les conversations de comptoir.

 

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L’Art du Jeu, Chad Harbach

C’est le titre anglais de l‘Art du Jeu (en VO, The Art of Fielding), et sa couverture intrigante un peu démodée sans photo, sans teaser, qui m’ont attiré l’oeil. Quelle surprise en prenant subrepticement ce roman dans les rayons de la bibliothèque et en lisant le quatrième de couverture quelques heures plus tard : point de Fielding, point de Tom Jones, point d’accent anglais, on est ici en plein coeur d’un terrain de baseball dans une université américaine du Wisconsin, le Westish College.

Nous suivons le parcours académique et sportif de Henry Skrimshander, repéré lors d’un match de lycée par Mike Schwartz, le capitaine de l’équipe, dévoué à sa gang et à ce sport au mépris de ses genoux faiblissant. Henry, un jeune garçon d’un milieu pauvre, obtient une bourse pour le Westish College et intègre l’équipe de baseball. Pendant une année, il fait des sans-fautes, égalant le record du meilleur arrière-court de l’histoire de ce sport. Mais un jour, il fait une faute sur un lancer facile et blesse un camarade.

Le parcours déjà mouvementé de Henry et des personnages qui gravitent autour de lui change irrémédiablement (oui je suis dramatique, mais j’imagine que le film qui sera inspiré de ce roman ne le sera pas moins). Henry a perdu confiance et enchaîne les mauvais matchs jusqu’à perdre sa place réservée dans les équipes professionnelles. Le directeur de l’école cède à ses penchants et change le cours des choses. Chacun va vivre des aventures qui vont les mener dans une direction qu’ils n’attendaient pas.

La grande force de ce roman pourtant très simple est sa construction. Les droits ont déjà été achetés pour le cinéma, et c’est un  élément qui paraît évident dès les premières lignes. L’Art du Jeu a une qualité étonnante, une force visuelle assez rare dans les romans. Cela tient très certainement à la simplicité, l’école est plus ou moins le seul espace décrit, et au choix de ne donner que peu d’informations mais celles qui nous permettent le plus de visualiser l’espace : une statue, les couleurs des maillots de baseball, une ou deux chambres, la cantine.

Les personnages sont également très simples et l’intrigue assez dépouillée. Tout fonctionne, certains diront un peu facilement, un peu comme des gros fils de marionnettes, mais finalement tout est plaisant et fluide. On le lit comme on regarderait un film, un film dont on voit vite la fin venir mais que l’on apprécie. On s’attache aux personnages, qui grâce à leur simplicité ont une identité très claire et très forte. Chaque passage où les personnages s’épanchent pendant plus d’une demi page ont une seule raison d’être, étoffer leur identité, et chacun d’entre eux ont leur heure de gloire, comme ce passage dans la tête de Pella, la fille du directeur.

p345-346

Pella vit dans un flash le restaurant qu’elle aurait. Petit et immaculé, tout blanc, mais en même temps chaleureux. Et de temps en temps, elle prendrait une chaise ou une table et la peindrait d’une couleur s’accordant à son humeur, puis ce serait au tour d’un cadre de porte ou d’une moulure, ou encore elle accrocherait un tableau, et, petit à petit, le restaurant sortirait de son écrin de blancheur, en un chatoiement de nuances. Et les habitués, au cours des semaines, des mois, des années, assisteraient à sa métamorphose, passant de sa chrysalide immaculée à un camaïeu multicolore, dans une anarchie savamment orchestrée, là des festons de verts, là des ocres,  là des oranges flamboyants. Et puis quand tout serait repeint, elle noierait la salle dans un blizzard blanc, effacerait tout pour recommencer à zéro, comme sur une feuille vierge à nouveau. Pour ce qui est de la nourriture, cela restait un peu plus flou dans son esprit ; elle voyait les assiettes blanches traverser la salle, teinter sur les tables, mais elle ne distinguait pas ce qu’il y avait dedans.

On comprend facilement ici que Pella, jeune mariée déçue et malheureuse revenue au bercail paternel souhaite un nouveau départ telle une jeune vierge qui n’a jamais fait d’erreur et souhaite se construire une nouvelle identité, unique, mais sans savoir encore ce qu’elle va choisir comme majeure à l’université (j’imagine, subtilement considéré ici comme le contenu des assiettes). Mais à mon avis, c’est justement cette maladresse et ce manque de subtilité qui donne cette impression de voir un film. Toute pensée subtile doit être reprise, condensée et mise en image jusqu’à filer la métaphore un peu loin.

J’assume quand même avoir beaucoup apprécié ma lecture 🙂

♥♥● –3/5
Et j’irai voir le film !

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La Jungle, Upton Sinclair

Difficile de comprendre La Jungle, premier vrai succès d’Upton Sinclair, paru en 1906, sans un peu de contexte. Upton Beall Sinclair, en plus d’avoir un deuxième prénom complètement importable, a eu une enfance nomade et relativement pauvre menée par un père alcoolique, et après une rapide expérience de journalisme en tant que correspondant de guerre à Cuba, il décide de se lancer dans le socialisme et la dénonciation des conditions de vie des ouvriers immigrés aux Etats Unis. Il sera un écrivain prolixe et connaîtra la gloire en 1943 avec un Pulizter pour Dragon’s teeth.

La Jungle a connu un succès immense à sa sortie. Roman scandaleux sur les conditions invivables des ouvriers des usines de viande de l’Illinois, il a conduit Sinclair à rencontrer Roosevelt un peu plus tard et à la création d’une directive présidentielle, le Meat Inspection Act. Mais ce roman est cent fois plus qu’un pamphlet politique.

La Jungle décrit le quotidien insoutenable d’une famille étendue d’immigrés lituaniens venus tenter leur chance à Chicago. Les premiers jours sont à la fois difficiles et rendus idylliques par leurs espoirs de bonheur, mais la vie devient très rapidement extrêmement précaire.

L’immense talent de Sinclair réside ici dans son étonnant mélange des univers des Mille et Une Nuits et de Dostoïevski, une sorte de danse macabre entre le merveilleux et l’horreur. La communauté lituanienne vient avec ses rites, sa culture, ses espoirs, ses valeurs, et ne ploie que lorsque la situation est insurmontable, s’enlisant inexorablement vers la misère.

Le personnage principal, Jurgis, est un homme aussi courageux que malchanceux, il nous fait découvrir les bas-fonds de la société mafieuse des cartels de Chicago au début du siècle. Ouvrier dans les usines de transformation des porcs, il était fier de son travail, avant de tomber dans l’alcoolisme et d’avoir des accidents. Il vit avec sa famille et celle de son épouse, Ona, dans une petite bicoque dans laquelle ils ont fait l’erreur candide de mettre toutes leurs économies. Son cheminement est terrible, macabre souvent.

Mais ce roman n’est pas un roman de dénonciation pure et simple. Le message politique n’arrive ouvertement que dans les dernières pages. La foi en l’humanité de Jurgis est longtemps inébranlable. Les danses lituaniennes au son du violon de Tamoszius cachent l’indicible de la faim, du froid, de la pauvreté. L’écriture de Sinclair est étonnamment onirique, que ce soit par l’évocation entêtante du folklore lituanien, par le vocabulaire longtemps emprunt de leur pays natal, par les danses d’Ona la gitane qui éloigne le mauvais sort en dansant pieds nus avec tous les hommes présents à son mariage, et surtout, plus tard, quand tout semble perdu, par cette nuit complètement folle dans le château du fils de son ancien patron, et qu’ils se grisent au champagne et aux petits canapés.

Ona, le personnage féminin le plus fragile en apparence, est une véritable Sonya, en abnégation totale d’elle-même et dévouée à ses proches. Sinclair, souvent proche de la poésie, dit tout dans ce roman. Rien n’est tabou: la viande avariée, les conditions de travail, la mendicité des enfants, la mort, la pauvreté telle qu’on ne peut pas offrir de sépulture à son père. Un seul élément passe sous silence, le seul véritable indicible – une fois encore, exactement comme dans Crime et Châtiment -, c’est la prostitution volontaire de la mère de famille, de la femme, déjà salie par sa condition d’ouvrière et par une absence d’intimité effarante, qui se refuse le dernier des conforts, celui de disposer de son corps.

« La vie n’était pour eux que pourriture et puanteur, l’amour, un acte bestial, le bonheur, un traquenard, Dieu, un simple pion. » On assiste impuissant à un spectacle ébahissant, celui de l’asservissement, de l’humiliation d’un peuple, aussi pauvre que courageux, un peuple de vieux et de jeunes, d’Américains et d’immigrés, de croyants ou de non croyants, de Noirs ou de Blancs, pris comme une manne inhumaine dont on dispose comme on veut.

Le discours politique affleure à la toute fin du texte, lorsqu’un orateur inconnu au passé de vadrouilleur (évident avatar de l’auteur) prend la parole devant Jurgis. Celui-ci ressent quelque chose qu’il n’a jamais ressenti auparavant, et se lance à corps perdu en politique, enfin avec succès.
Mais le grand talent de Sinclair est de laisser le choix à son lecteur de prendre ce qu’il veut. Et moi, en 2012, ce que je prend, c’est la poésie impressionnante du macabre, du sordide, la valse gitane de tout un peuple sans lendemain, le traitement puissant de ce destin individuel en une épopée fantastique, au sens premier du mot.

Un grand texte, pas évident, avec des chapitres difficiles aux résonances animales aussi brutes que dans un bon Zola. Un livre, je pense qu’on n’oublie pas vite tant les images sont fortes, entre folklore et  horreur.

♥♥♥♥● –4/5
Un livre différent et intense.

☆ A savoir : There Will be Blood est tiré du roman Pétrole ! d’Upton Sinclair, paru en 1927.

☆ Sonya: personnage féminin de Crime et Châtiment, un modèle de courage et de fierté, la prostituée profondément croyante, dévoué à sa famille et prête à tous les sacrifices. Le personnage le plus puissant et le plus marquant de ce chef d’oeuvre de Dostoïevski. Le seul passage du seul roman qui m’a fait un jour pleurer dans le métro la concerne.

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Le goût des pépins de pomme, Katharina Hagena

Premier roman de Katharina Hagena, Le goût des pépins de pomme a rencontré un grand succès en Allemagne. Plutôt révélateur de l’état d’esprit du pays encore aujourd’hui, obsédé par les problématiques d’oubli, de secret de famille et de passé.

L’histoire est simple et universelle : à la mort de Bertha, depuis quelques années en maison de repos, ses trois filles et sa petite fille Iris se retrouvent à la lecture du testament. Iris hérite contre toute attente de la maison, située dans un petit village du nord de l’Allemagne. Elle n’envisage pas de la garder mais passe quelques jours, et les souvenirs affluent et tissent l’histoire de ces trois générations de femme.

Le goût des pépins de pomme est un premier roman. Je garderai cet angle pour en parler parce qu’il me semble que c’est déterminant.
Il a cette candeur et fraîcheur du premier roman. On a l’agréable sensation que Hagena nous donne tout d’elle. Le roman est fin lorsque l’on sent que c’est personnel. Cela lui permet d’être extrêmement accessible, et par là explique son très large succès. Les mot sont simples, les sensations sont pures et instantanées. L’écriture est très sensuelle, il y a autant de détails pratiques que de descriptions d’odeurs, de goûts et de matières, les pommes, les herbes aromatiques, les étoffes des vêtements, l’eau du lac, tout est perçu d’abord par le sens et ensuite – quand c’est le cas – par l’esprit.

Certains thèmes sont réellement bien traités, sans chichis et sans aucune complaisance là où beaucoup seraient tombés dans le piège du mélodramatique. La vieillesse est traitée sans métaphores inutiles, l’auteur ne s’appesantit pas sur les tragédies de la vie même si certaines choses qu’elle évoque sont très dures, comme la mort d’un enfant, les amours déçus, l’avortement…

En revanche, j’ai été gênée par quelques défauts que je lie au fait que ce soit son premier texte. En plus de certaines lourdeurs, de métaphores trop recherchées qui finalement n’apportent rien, je pense que Hagena a eu du mal à abandonner certaines idées et phrases maladroites qui rendent son texte un peu trop naïf. On peut quasiment sentir quelles phrases avaient plus d’importance pour elle, et lire en filigrane une deuxième histoire qu’elle n’a pas su cacher. Surtout, j’ai été écœurée par l’insertion du thème du grand père nazi. Quel dommage. Comme si un roman allemand sur l’oubli ne pouvait pas faire l’impasse du nazisme. Justement, cela aurait été tellement plus subtil de choisir un autre traumatisme, peut-être plus personnel.

Très premier degré, très immédiat, Le goût des pépins de pomme est agréable et accessible et de bon augure pour la suite de la carrière de Katharina Hagena. J’attends avec plus de curiosité que d’impatience les oeuvres plus matures.

♥♥♥●● –3/5