Les Heures souterraines, Delphine de Vigan

Les heures souterraine est un roman envoûtant et universel. L’auteur a le talent de faire très bien avec très peu, ce qui est malheureusement assez rare dans le paysage littéraire. Les personnages sont simples et complets, l’intrigue n’a pas besoin de beaucoup pour avancer et l’on est vite happé par la spirale infernale dans laquelle l’auteur nous emporte.

 Mathilde a trois enfants dont elle s’occupe seule depuis la mort de son mari. Au fond du gouffre à sa disparition, un chef d’entreprise lui tend une main salvatrice et l’a aidée à s’en sortir il y a huit ans. Mais un matin, sans raison, son patron se met à la détester et à l’exclure petit à petit. Mauvaise foi, coups bas, tout est permis, et la descente aux enfers va extrêmement vite. A partir du moment où elle l’accepte, elle laisse filer le temps. En parallèle, un médecin à domicile quitte sa petite amie, persuadé qu’elle ne lui rend pas ses sentiments, et passe son temps coincé dans le trafic, dans l’attente, anonyme et solitaire.

Mathilde et Thibault sont deux victimes muettes d’un monde où il n’y a pas de place pour les gens qui décrochent. Implacables, les journées avancent, et pour ceux qui sont poussés hors du train, c’est difficile d’y remonter. La détresse émotionnelle est invisible et terrifiante. J’ai beaucoup apprécié le fait que Delphine de Vigan fasse le choix de prendre des personnages qui pourraient être n’importe lequel d’entre nous. Elle aurait pu traiter ce sujet de mille autres façons, en faire un postulat politique, social, mais non. La violence avec laquelle est traitée Mathilde nous met d’autant plus mal à l’aise qu’on en est tous témoins, comme lecteurs et dans nos vies.

♥♥♥●● – 3/5

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Les fidélités, Diane Brasseur

Les fidélités, on s’en souvient longtemps après. C’est un petit roman étonnant, une fable moderne sur l’amour et la famille. Nous lisons la confession d’un homme d’une cinquantaine d’années, époux et père de famille, qui trompe son petit monde depuis un an avec une belle et jeune trentenaire et qui appréhende son départ en vacances avec sa famille.

Malgré un pitch très classique et presque cliché, Diane Brasseur réussit à s’éloigner de cela en traitant le sujet à l’envers. Plutôt que de traiter de la crise de la cinquantaine, des difficultés du mariage, de l’adultère, elle nous parle d’amour. Elle nous parle du plaisir de séduire, de la capacité à aimer plusieurs personnes, de la difficulté de choisir et de l’authenticité des sentiments des deux bords.

Le texte est court, bien construit et efficace. Nous entrons dans le sujet quelques jours avant Noël quand toute la famille se prépare à partir à New York pour les vacances. Le personnage principal se cache dans son bureau pour être tranquille et réfléchir. Il nous raconte alors toute la dernière année avec Alix, sa maîtresse, comment il partageait sa vie, son temps, son amour. Ce qui a commencé comme un démon de midi, une fuite face à l’âge, bref, un bon vieux poncif de la littérature, se transforme rapidement en une double histoire d’amour complexe et sincère. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on se prend d’affection pour le personnage, mais on apprend au moins qu’il ne faut pas nécessairement juger chaque livre à sa couverture.

♥♥♥●● – 3/5

Assise en face de moi, Alix ne se doutait pas que nous avions déjà fait l’amour une bonne dizaine de fois.
Elle me racontait sa semaine.
Il y avait ce qu’Alix faisait ou disait, et mon interprétation.
Si elle disait : « J’ai mal dormi », je me demandais si elle avait fait une insomnie en pensant à moi.
Si elle laissait sa main posée sur la table à côté de son verre, je me demandais si c’était pour me tenter de la prendre.
Si je la trouvais bien habillée, je me demandais si elle avait fait un effort parce qu’elle savait qu’elle me voyait.
En les plaçant au milieu de blagues, on utilisait des mots qui excitent, comme « jouir », « plaisir », ou « virilité ».

Pour voir l’auteur parler de son roman c’est ici !

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Sulak, Philippe Jaenada

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Sulak n’est pas un roman facile d’approche. Comme son personnage principal, il faut l’endurer longtemps pour commencer à l’apprécier. Vulgaire, direct et provocateur, ce roman de Philippe Jaenada est agressif et franc, sans détour, comme une confession qu’on n’a pas envie d’entendre mais qui finit par faire partie de notre vie.

Bruno Sulak, le personnage principal de ce roman éponyme, est un personnage aux multiples chapeaux même si peu d’entre eux sont respectables. Ancien légionnaire et parachutiste, il devient après avoir déserté un braqueur qui en découd avec la société au nom de la liberté. Entouré de deux comparses, il offre à la justice française une décennie de casse-tête et de course poursuite jusqu’à une fin mystérieuse.

Dit comme ça, cela a l’air passionnant me direz-vous. Effectivement, le texte ne manque pas de rebondissements et de panache, mais la foule envahissante de personnages, la grossièreté du discours qui semble directement retranscrit du fond des cafés sombres et l’incroyable et inutile généalogie des protagonistes ne font pas de ce roman une promenade de santé. Je comprends bien que c’est voulu mais c’est trop. A mes yeux, le personnage de Sulak aurait mérité un peu plus de grâce pour mieux mettre ses outrages à la loi en valeur. Et puis bon… je crois que je n’aime pas les voyous.

♥♥● –2/5

Les années 80 n’ont que six mois. Personne évidemment ne le sait encore (…), mais les « années fric » viennent de commencer – il est cela dit amusant que les années fric soient le petit nom attitré des années 80, comme si les années 90 étaient les années ping-pong et les années 2000, les années tarte aux pommes. Le fric commence à s’étaler partout, camelote clinquante à la foire, tout brille, tout tente, corrompt, on ment, on arnaque, on parade.

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La lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson

 

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Bon, je crois que la vague de la littérature islandaise facile a été trop surfée. Si on publie des micro textes comme la Lettre à Helga en utilisant des termes comme « coup de coeur » ou « perle » (oui oui), c’est qu’on a une araignée au plafond.

Avis à ceux qui veulent lire ce roman, je vais vous le gâcher dans les prochaines lignes.

Que dire de la Lettre à Helga ? C’est l’histoire de Bjarni Gíslason de Kolkustadir, un simple éleveur de moutons, villageois modèle et solidaire, mari généreux et respectueux qui, au chevet de sa femme mourante et aigrie, décide d’écrire une longue lettre d’amour à Helga, l’amour de sa vie, son ancienne voisine de ferme sur laquelle il a fantasmé toute sa vie et avec laquelle il a partagé quelques mois d’amour bestial sur les bottes de foin, dans l’odeur d’urine et de biquette.

Après quelques semaines de plaisir bourru, de délices adultères champêtres, elle lui annonce l’inévitable : elle porte son enfant. Elle lui propose de tout quitter, elle son mari, lui sa ferme et sa femme infertile, et de partir vivre une chiche vie d’ouvrier à la capitale. Déchiré entre (soyons simples) son cerveau et son sexe, il fait le choix de renoncer à la passion et au bonheur et de rester sur place, continuant à vivre en face d’elle, témoin muet de l’évolution de son enfant et de la déchéance de leurs mariages respectifs.

Amour impossible, infidélité sans remords, cette relation l’a marqué au point de lui pourrir la vie. Il commet l’impardonnable, séduit par les doux poils et les tendres mamelons d’une petite chèvre qui lui rappelle bien trop les courbes de son aimée, et tentera de prendre sa propre vie, anéanti par la honte. On le voit venir de loin puisque c’est comme ça que leur relation est née et qu’il n’a de cesse de l’inscrire dans ce cadre. Poésie du quotidien, sublimation des odeurs les plus primaires, on est presque dans un roman de Balzac.

Au niveau du style, je dirais que c’est bien heureux que le texte soit aussi court. Les essais stylistiques de l’auteur sont bien trop évidents et manquent de subtilité (omniprésence de l’aimée qu’il aperçoit même dans les reliefs de la montagne, dans les odeurs de son quotidien), le texte est truffé d’étonnantes digressions qui perturbent un peu le lecteur, quand par exemple en plein milieu de sa première déclaration il change de sujet pour parler du bétail. Ce n’est pas une lettre d’amour ordinaire.

Le fond de l’histoire pourtant me plait énormément. Quelques mois d’amour passionné qui marquent tout une vie, un choix impossible et qu’il subira toute son existence, la frustration de choisir de faire les choses comme il faut quand tout son être lui crie de chercher le bonheur, je trouve cela aussi excitant qu’universel. Je me serais juste passée des tentatives de poésie, de ces maladroits quatrains éparpillés dans les pages, et des longues descriptions des expéditions pour aller chercher les cadavres en hiver et des techniques d’insémination des boucs.

♥●●●● –1/5

J’ai emprunté les deux voies, mais ni l’une ni l’autre comme il aurait fallu. En ce sens que j’ai suivi l’une, l’esprit tout le temps fixé sur l’autre. Sur toi.

 

(…) et je compris que le mal, dans cette vie, ce n’étaient pas les échardes acérées qui vous piquent et vous blessent, mais le doux appel de l’ amour auquel on a fait la sourde oreille, la lettre sacrée à laquelle on répond trop tard, car je le vois à présent, dans la clarté du dénouement, que je t’aime moi aussi.

 

(…) mieux vaut ne jamais croiser l’ amour sur sa route – car une fois qu’on l’a perdu, on se retrouve bien plus mal loti qu’avant.

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Un paradis trompeur, Henning Mankell

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Quelle surprise, une fois installée dans mon train, persuadée de tenir entre mes mains un simple polar, éternel et fidèle compagnon de mes voyages ferroviaires, que d’ouvrir un beau roman ? Quel plaisir de plonger dans ce voyage, et de confirmer ce que je pensais depuis le début : Henning Mankell n’est pas un écrivain comme les autres.

Globetrotteur polymorphe et caméléon, l’auteur quitte ses souliers d’enquêteur pour enfiler des bottes cirées et nous fait embarquer avec lui sur le bateau de Hanna Renström, une jeune fille suédoise qui quitte son hameau froid et solitaire pour l’Australie. Son destin sera tout autre : deux fois veuve très jeune, elle se retrouve propriétaire d’un florissant bordel au Mozambique, en pleine colonie portugaise, riche et puissante blanche dans un monde d’hommes violents et racistes.

L’histoire d’Hanna, c’est l’histoire du courage, du travail, d’une jeune femme qui ne recule devant rien et qui accepte son destin. Elle cherchait le paradis, elle est tombée dans un lieu où règnent la violence et la ségrégation, où les femmes sont des morceaux de viande, ou les hommes dominent. Elle retrousse ses manches et refait sa vie. Loin de tout, loin des siens, elle tente de définir qui elle est et de faire sa place dans un univers où les moteurs de la société sont la haine et la peur.

J’ai retrouvé beaucoup de choses que j’aime dans ce texte. Tout d’abord, le frisson du potentiel. C’est évident que Mankell a du talent à revendre et j’espère de tout cœur qu’il va continuer dans cette lignée. J’y ai aussi retrouvé ce que j’aime chez William Boyd : ils ont tous les deux grandi dans des pays colonisés et sont repartis étudier en Europe. Cette double identité, ou du moins double culture, leur donne une vision très différente des gens, des rapports entre les gens et tout un univers que l’on lit rarement. Mankell sort de son registre habituel et y met tout son cœur, et c’est plutôt réussi.

Le titre en revanche est un peu simpliste à mon goût et beaucoup trop premier degré, mais il est un beau résumé de tout ce qui se passe dans le roman. Un paradis trompeur, c’est la violence au bord de la mer turquoise, c’est le racisme sous les tropiques, c’est l’apartheid à la veille de la première guerre mondiale, c’est un bordel tenu par une frêle jeune fille qui  protège un piano et un singe.

♥♥● –3/5

On n’accorde pas un piano quand quelqu’un va mourir. Dans ce cas, on fait silence, ou on joue une musique funèbre.

 

Les voyages les plus remarquables sont intérieurs, libérés du temps et de l’espace.
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La Confrérie des Moines Volants, Metin Arditi

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J’ai été plutôt surprise par La Confrérie des Moines Volants de Metin Arditi. Le titre ne m’inspirait pas, et j’avais un peu peur du choix de l’auteur de faire durer l’intrigue sur trois générations successives. C’est souvent dangereux. Mais au final, j’ai lu ce roman en quelques heures à peine, happée par l’histoire et par l’aura des personnages.

En 1937, en Union Soviétique, alors que les exactions contre les églises et les religieux font rage en Russie, un groupe de rescapés de différents monastères trouvent refuge en forêt et se cachent de l’inquisition. Tous les jours, ils voient de nouvelles églises brûler, entendent parler de confrères massacrés et sont témoins de la destruction des trésors des églises. Au bout de quelques mois, l’un d’entre eux a une idée. Ils vont préserver leur Saint patrimoine et  mettre en lieu sûr les œuvres sur lesquelles ils parviennent à mettre les mains.

Plusieurs décennies plus tard, nous suivons les pas du descendant de ce moine et partons sur les traces des trésors enfouis dans la forêt Russe.

L’histoire est simple et rafraîchissante, elle nous fait voyager. Le livre est sans prétention, il se limite au cadre d’une famille et développe seulement ce qui a besoin de l’être. Les personnages sont faciles à apprécier, et on se prend de sympathie rapidement pour eux.

J’ai préféré la première partie du roman, j’ai l’impression que l’auteur a eu plus de plaisir à se projeter dans l’histoire russe qu’à dépeindre nos contemporains. Mais même si ce roman ne restera pas éternellement dans ma mémoire, j’ai apprécié le découvrir et le transmettrai sans doute à mes proches.

♥♥♥●● – 3/5

Chez nous, l’icône n’est pas un ornement, comme chez les chrétiens de Rome. Elle est au cœur de notre foi. C’est devant nos icônes que nous déposons nos fardeaux. Elles nous tiennent unis, nous autres Russes de toutes les couleurs que nous sommes…

L’icône rappelle que l’homme est fils de l’Univers autant qu’il est fils de Dieu. Qu’il est esprit et qu’il est corps. Qu’ainsi chaque corps est aussi esprit, prêt à s’élever jusqu’à Dieu.

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Le garçon incassable, Florence Seyvos

 

Je commence avec plaisir ma pile de livres des Editions Points en regardant tomber la neige. J’ai choisi le premier de la pile, mais par chance c’est celui dont le titre m’attirait le plus. Le garçon incassable, de Florence Seyvos, est un petit roman tout simple, aussi authentique que prenant. Portraits croisés de deux hommes que tout oppose et tout rassemble en même temps, c’est l’histoire d’Henri, dont sa demi-sœur se rappelle avec émotion, et de Buster Keaton, sur les traces duquel elle part en Californie un peu plus tard.

La où Buster est incassable, résistant à la moindre douleur, capable de toutes les chutes et les cascades les plus incroyables, Henri est fragile, friable, tordu. La où Buster est seul, dans une famille qui exploite ses talents et se soûle, Henri est aimé et entouré, accompagné et rééduqué.

Aucun des deux ne peut mettre de mot sur ses souffrances, mais pour chacun d’entre eux, c’est la douleur qui définit leur vie. La narratrice accompagne ce frère qui lui est tombé dessus avec tendresse et patience, s’inspirant du comique américain pour voir beaucoup plus loin que le handicap, pour espérer pour Henri un futur d’autonomie et de libre arbitre.

Je ne sais pas si c’est une histoire vraie, mais le ton est sincère et très simple, le texte laisse une très grande part à l imagination. Le physique et le handicap du jeune garçon ne sont pas décrits directement, on le découvre à travers son arsenal de rééducation et certains souvenirs tendres. Quelques adjectifs par ci par là suffisent pour comprendre les lieux, les identités. On oublie la narratrice, on ne sait rien d’elle si ce n’est sa timidité et l’amour immense qu’elle porte à son frère.

Premier livre de la sélection du prix du meilleur roman, premier livre de 2015 pour moi, ce roman est une belle façon de commencer l’année en douceur et de la placer sous le signe de l’amour et de l’authenticité.

 

Henri recommence, plus doucement. ses yeux brillent, il regarde son père comme si son père était Dieu et qu’il lui appartenait exclusivement à lui, Henri; Un regard d’adoration ravie. Ils sont seuls au monde. Ils sont les rois du monde. Je les vois et je pense que mon cœur est atrophié, pas seulement le mien, il en est de même pour tout le groupe humain dont je suis issue : notre cœur est une petite machine sage qui ne produit que des ersatz de sentiments. je n’ai jamais vu un lien aussi fort entre deux personnes. je n’ai jamais vu un père et un fils s’aimer autant.

 

Henri est sorti de l’enfance. Il en est sorti pour arriver nulle part, dans une adolescence qui n’en sera pas une et ne le mènera jamais à l’âge adulte. Sa vie se déroulera désormais dans un éternel état intermédiaire. Un état où les éclats de joie sont de plus en plus rares. Ils sont remplacés par le plaisir, la satisfaction. Henri aspire au sérieux et se compose peu à peu une dignité austère, légèrement hautaine. Ses éclats de rire sont toujours aussi bruyants, aussi peu contrôlés, mais ses bouffées d’excitation et de bonheur perdent leur lumière. Il ne sera plus jamais l’enfant radieux de la photo sur la plage

 

♥♥♥●● – 3/5

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L’entreprise des Indes, Erik Orsenna

Voilà un excellent roman. L’Entreprise des Indes est un roman épicé et fin, une chronique familiale et une fresque historique, un très beau texte bien construit et passionnant. Erik Orsenna nous raconte l’odyssée de Christophe Colomb à travers les yeux de son frère, Bartholomé, son petit frère qui prend le rôle du narrateur.

S’appuyant sur « Le Livre des merveilles », le livre de Colomb, en quelque sorte son carnet de voyage et son testament d’aventurier, Bartolomé nous décrit son frère l’explorateur, en filigrane de ses récits de voyages, de ses rencontres professionnelles et amoureuses, et il nous raconte l’officine des cartographes, la peste, le clergé, le roi.

Christophe et son frère ont grandi au bord de la mer, et pour le fils aîné l’appel de l’océan a toujours été plus fort que n’importe quelle autre voix. Dans les yeux de son frère, on lit l’admiration, la crainte de ne jamais le voir revenir, l’amour, la volonté de l’aider.

L’Entreprise des Indes est aussi une invitation à la réflexion sur la lecture et l’écriture et leur relation aux rêves. C’est évident que l’auteur est un amoureux des mots et un fervent croyant dans leur capacité à nous faire voyager. Il réussit parfaitement son pari et nous envoie dans une Lisbonne grouillante, sur des îles paradisiaques et des mers déchaînées. Le personnage principal est un cartographe, c’est-à-dire que son métier est de nommer les choses : les mers, les terres, les régions, les peuples et les animaux, tout prend naissance sous ses pinceaux et c’est à lui de leur donner vie.

Quand on ne dispose pas de bateau – ou plutôt d’eau pour les y faire naviguer – , la seule façon de fuir, c’est lire.

 

Écrire est une navigation sur la terre ferme, la page blanche est une voile qu’on hisse ; les mots, un sillage qui s’efface

 Le texte est beau, fin, bien écrit, les villes sont vivantes et colorées, le choix de la conversation donne un rythme parfait au livre, qu’on aurait envie de lire à voix haute un chapitre par soir pour le savourer. Les voyages sont décrits comme des rêves, de grandes aventures auxquelles on ne peut résister. On ne résiste pas, et on le dévore rapidement.

D’ordinaire, on ne retient des voyages que leur destination, alors qu’ils ont, d’abord, des sources.

♥♥♥♥● – 4/5
Je conseille vivement ce livre et attends avec impatience vos commentaires si vous le lisez

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L’amour dure trois ans, Frédéric Beigbeder

Je ne donnerai pas trop de mon temps pour parler de ce livre, pas plus que nécessaire pour donner mon avis. J’ai rarement autant détesté un ouvrage. L’amour dure trois ans est un petit texte facile, inintéressant, narcissique et prétentieux, aussi pauvre que superficiel.

Marc Marronnier raconte à la première personne ses tristes aventures amoureuses et sa vision bien personnelle de l’Amour. Pour lui c’est un fait, l’amour dure trois ans et ne survit pas à la tentation de l’adultère et à l’ennui. Il raconte dans les grandes lignes son premier mariage, un premier échec, et la raison de cet échec, son aventure avec la femme de son meilleur ami. Il ne s’implique jamais dans ses relations, juge le moindre sentiment sincère avec mépris et mondanité, ne croit en rien et s’applique à échouer dans tout ce qu’il entreprend. Il n’a pas d’amis, pas d’amour, ne distingue plus le vrai du faux et se perd dans des digressions parisiennes sur la superficialité des gens qui l’entourent.

On colle à sa peau comme une chemise sale, il nous tient dans sa poche comme s’il avait besoin d’un témoin, d’un voyeur qui observe sa vie. La première personne est omniprésente et on n’a aucune distance avec le narrateur, qui partage chaque petit détail, même les plus humiliants. Il n’existe pas par lui-même, seulement dans notre regard, et nous choque pour créer une réaction et se sentir vivant.

Je me suis sentie insultée et salie par ce texte. Par le fait qu’on m’a infligée de passer une heure dans la tête d’un imbécile sans profondeur. Tu veux faire du Brett Easton Ellis, tu veux choquer ? Assume le et engage toi réellement dans ton texte. Ce livre est inutile et facile, c’est une mauvaise chanson qui rime trop facilement, c’est un vêtement criard et vulgaire mal recopié des collections haute couture. Par pitié ne l’achetez pas.

●●●●● –0/5

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Bonne année 2015 !

2015-ManonLisait

 

Je sais que chacun d’entre vous a pris de belles résolutions, pour les uns des défis sportifs, pour les autres des succès professionnels, des voyages ou de grands changements. Je vous dis bravo et j’espère de tout mon cœur que vous les mènerez à bien. Moi, je vous souhaite de prendre du temps pour vous, pour profiter, pour vous détendre et vous nourrir de l’intérieur, je vous souhaite de passer moins de temps devant Netflix et plus de temps un livre à la main. Je vous souhaite de vivre non pas un grand voyage mais des centaines, de parcourir le monde, de rencontrer des gens de partout et de tout les temps. Une seule résolution à prendre finalement : lisez !

Bonne année !!

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